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Adaptogènes et rasayana : deux histoires, de Charaka à Lazarev

Le rasayana de l'Ayurveda, avec sa hutte aux trois enceintes et son rasayana de la conduite ; l'adaptogène de Lazarev et de Brekhman, né dans les laboratoires soviétiques. Deux histoires racontées côte à côte, avec leurs dates.

Le règne tranquille — racines, polypores, mycélium. La résilience du vivant prête au quotidien.

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Deux mots, deux langues, deux époques. Rasayana est un mot sanskrit, l'une des huit branches de l'Ayurveda, que le Charaka Samhita décrit au premier chapitre de son livre des traitements. Adaptogène est un mot russe, forgé en 1947 à Leningrad par le pharmacologue Nikolaï Lazarev. On les rapproche souvent, jusqu'à les dire jumeaux. Nous racontons ici les deux histoires côte à côte, chacune avec ses dates, ses gens et ses plantes.

Rasayana, le chemin de l'essence

Rasayana se compose de rasa et d'ayana. Rasa, c'est la sève, le suc, la saveur, et dans l'Ayurveda le premier des sept tissus du corps. Ayana, c'est le chemin. Rasayana se lit donc littéralement : le chemin de l'essence.

Les traités classiques divisent l'Ayurveda en huit branches, l'ashtanga, et le rasayana est l'une d'elles. Le Charaka Samhita, texte attribué au sage Agnivesha, remanié par Charaka dans les premiers siècles de notre ère puis complété par Dridhabala, ouvre son livre des traitements, le Chikitsa Sthana, par un long chapitre en quatre parties consacré au rasayana. Le Sushruta Samhita le range lui aussi parmi les huit branches.

Dans ces textes, un rasayana est rarement une plante seule. C'est une préparation (une pâte cuite au ghee et au miel, un lait, une poudre), un moment de la vie, une manière de vivre.

La hutte aux trois enceintes

Le Charaka Samhita décrit deux façons de suivre un rasayana. La première, kuti praveshika, veut dire « l'entrée dans la hutte ». On bâtit une cabane dans un lieu tranquille, tournée vers l'est ou le nord, entourée de trois enceintes l'une dans l'autre, à l'abri du vent et du bruit. Celle ou celui qui suit le rasayana y entre après une préparation, et y vit le temps de la cure.

La seconde, vatatapika, veut dire « dans le vent et le soleil » : le rasayana se suit dans la vie ordinaire, sans quitter la maison. Le texte la donne pour celles et ceux qui ne peuvent pas se retirer.

Le rasayana de la conduite

Le même chapitre décrit un achara rasayana, un rasayana de la conduite, qui ne demande aucune plante. Il tient dans une manière d'être : dire la vérité, se garder de la colère, de l'alcool et de la violence, parler avec douceur, donner, honorer ses maîtres et ses aînés, garder des heures régulières pour veiller et pour dormir, boire chaque jour du lait et du ghee. Pour Charaka, cette conduite accompagne chaque rasayana, et elle seule en est déjà un.

C'est sans doute le trait qui sépare le plus les deux histoires : le rasayana engage une vie entière.

Les plantes de la tradition

Le Charaka Samhita et les textes qui l'ont suivi nomment beaucoup de plantes dans leurs préparations de rasayana. Parmi les plus connues :

  • l'amalaki, le groseillier indien, au cœur du chyavanprash, la confiture d'épices qui porte le nom du vieux sage Chyavana ;
  • la guduchi, une liane que l'Inde appelle aussi amrita, du nom du nectar des dieux ;
  • l'ashwagandha, la racine à l'odeur de cheval ;
  • la shatavari, celle aux cent racines ;
  • le tulsi, le basilic sacré que l'Inde prie chaque matin avant d'en boire ;
  • le brahmi, la petite plante des eaux.

Nous transmettons ces rangs tels que les textes les donnent, sans leur prêter d'effet.

Adaptogène, un mot de 1947

L'autre histoire commence au XXᵉ siècle, en Union soviétique. En 1947, à Leningrad, Nikolaï Lazarev, pharmacologue et toxicologue, forge le mot adaptogène pour nommer une catégorie de substances qu'il étudie en laboratoire. Son premier exemple est une molécule de synthèse, le dibazol ; les plantes viennent après.

Son élève Israël Brekhman part ensuite pour Vladivostok, à la filiale extrême-orientale de l'Académie des sciences. Il travaille d'abord sur le ginseng, rare et cher, puis cherche dans la taïga une racine plus abondante et la trouve dans l'éleuthérocoque, l'arbuste épineux des forêts de l'Extrême-Orient russe. Des cosmonautes soviétiques en ont reçu. À Tomsk, en Sibérie, Alexandre Saratikov et son équipe étudient la rhodiola de l'Altaï dans les années 1960.

En 1969, Brekhman et Igor Dardymov publient en anglais, dans l'Annual Review of Pharmacology, l'article qui fait connaître le mot hors d'URSS. Les herboristes d'Occident l'ont ensuite étendu à des plantes de tous les continents, dont l'ashwagandha et le tulsi de l'Inde.

Deux histoires côte à côte

RasayanaAdaptogène
Languesanskritrusse
DateCharaka Samhita, premiers siècles de notre ère1947
AuteursAgnivesha, Charaka, DridhabalaLazarev, Brekhman, Dardymov
LieuxIndeLeningrad, Vladivostok, Tomsk
Cadrela hutte, la maison, la conduitele laboratoire
Formespâtes au ghee et au miel, laits, poudresextraits, teintures, racines

Rasayana nomme un chemin, avec sa hutte, sa conduite et ses saisons. Adaptogène nomme une catégorie de laboratoire, née d'une hypothèse de pharmacologue. Les deux mots se croisent aujourd'hui sur les mêmes racines, et chacun garde son histoire.

Dans l'Union européenne, aucune allégation de santé n'est autorisée pour ces plantes, qu'on les dise adaptogènes ou rasayana. Nous racontons leurs histoires ; nous ne leur prêtons aucun effet.

Les plantes de la Maison

Plusieurs plantes que ces deux histoires ont croisées sont chez nous :

  • l'ashwagandha, en poudre de racine entière, d'Inde, issue d'une filière certifiée biologique, à frémir dans un lait chaud ;
  • la shatavari, en poudre de racine, d'Inde, issue d'une filière certifiée biologique, pour le latté à la cardamome ;
  • le tulsi, en feuilles séchées, Rama et Lemon Vana, à infuser ;
  • le brahmi, la plante des eaux de l'Ayurveda ;
  • la rhodiola, en morceaux de racine séchée d'Europe de l'Est, pour la décoction ;
  • l'éleuthérocoque, en racine broyée de Chine, issue d'une filière certifiée biologique.

Pour l'histoire soviétique en détail, voir notre article sur l'adaptogenèse.

Précautions

  • Grossesse et allaitement : la plupart de ces plantes sont à éviter sans l'avis d'un professionnel de santé.
  • Traitement en cours (thyroïde, anticoagulants, immunosuppresseurs, diabète, tension) : avis médical avant de commencer.
  • Chaque plante a ses propres précautions, détaillées sur sa fiche : l'ashwagandha et la thyroïde ou le foie, la shatavari et les conditions sensibles aux œstrogènes, par exemple.

En cas de doute, ton médecin avant la plante.

— Questions fréquentes —
Que veut dire rasayana ?

Rasa désigne la sève, le suc, l'essence ; ayana, le chemin. Rasayana se lit donc « le chemin de l'essence ». C'est l'une des huit branches de l'Ayurveda.

Qui a inventé le mot adaptogène ?

Le pharmacologue soviétique Nikolaï Lazarev, à Leningrad, en 1947. Son élève Israël Brekhman l'a appliqué à l'éleuthérocoque à Vladivostok, et l'a fait connaître hors d'URSS avec Igor Dardymov en 1969.

Adaptogène et rasayana, est-ce la même chose ?

Ce sont deux mots nés dans deux mondes, à près de deux mille ans d'écart. Le rasayana est une branche de l'Ayurveda qui engage une préparation, un lieu et une conduite ; l'adaptogène est une catégorie de laboratoire du XXᵉ siècle. Certaines plantes, comme l'ashwagandha, portent aujourd'hui les deux noms.

Qu'est-ce que l'achara rasayana ?

Un rasayana de la conduite décrit par le Charaka Samhita : dire la vérité, se garder de la colère et de la violence, parler avec douceur, donner, honorer ses aînés, garder des heures régulières. Il ne demande aucune plante.

Quelles précautions avec les plantes des rasayana et des adaptogènes ?

Pendant la grossesse et l'allaitement, la plupart sont à éviter sans avis d'un professionnel de santé. Sous traitement (thyroïde, anticoagulants, immunosuppresseurs, diabète, tension), un avis médical d'abord. Chaque fiche détaille les précautions propres à la plante.

Sources

  • Charaka Samhita, Chikitsa Sthana, chapitre 1 (Rasayana), trad. P. V. Sharma, Chaukhambha Orientalia, 1981.
  • Sushruta Samhita, Sutra Sthana, chapitre 1 : les huit branches de l'Ayurveda.
  • I. I. Brekhman et I. V. Dardymov, « New substances of plant origin which increase nonspecific resistance », Annual Review of Pharmacology, 1969.
  • David Winston et Steven Maimes, Adaptogens, Healing Arts Press, 2007 : l'histoire du mot.
  • Fiches produit INFUSE : formes, origines et précautions.

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