Aller au contenu
INFUSE
◇ · Arc I — Plantes · Pilier

Schisandra · la baie aux cinq saveurs

Schisandra chinensis, wu wei zi, la liane rouge des forêts de l'Amour et de Mandchourie. Les cinq saveurs d'une seule baie, l'omija coréen bu froid, la piste de la zibeline des chasseurs nanaïs.

Le règne tranquille — racines, polypores, mycélium. La résilience du vivant prête au quotidien.

⊹ La Voie des Adaptogènes & Champignons · 11/30 · MargeHericium, crinière de lion, le champignon du sage →

Schisandra chinensis est une liane. Elle grimpe aux troncs des forêts mixtes de l'Amour, de la Mandchourie, de Corée et du nord du Japon, et laisse pendre à l'automne des grappes de baies rouges, brillantes, serrées comme des grains de groseille. Séchées, elles deviennent brun-rouge, fripées, chacune autour d'une ou deux graines jaune-brun, lisses comme des haricots miniatures.

Wu wei zi, les graines aux cinq saveurs

Le chinois la nomme wu wei zi (五味子) : wu, cinq, wei, la saveur, zi, la graine. Les graines aux cinq saveurs. Mâchée lentement, une seule baie séchée traverse la bouche en moins d'une minute : l'acide d'abord, dans la peau, puis le doux de la pulpe, l'amer et le piquant de la graine, et une finale salée. Les herbiers chinois le décrivent ainsi depuis longtemps : la peau et la chair douces et acides, le noyau piquant et amer, et sur le tout, un goût de sel.

Dans la pensée chinoise, chacune des cinq saveurs répond à l'une des cinq phases, le Bois, le Feu, la Terre, le Métal et l'Eau. La baie rouge de wu wei zi, qui les porte toutes les cinq, est une petite carte du monde qu'on tient entre deux doigts.

Le Shennong Ben Cao Jing, le classique de matière médicale attribué au Divin Cultivateur et compilé sous les Han, range le wu wei zi parmi ses plantes supérieures, shang pin, avec le ginseng et le lingzhi.

Une liane de l'Amour

En russe, on l'appelle limonnik, le petit citronnier : froissées, ses feuilles et son écorce sentent le citron. Au Japon, c'est le chōsen gomishi, le gomishi de Corée. Le botaniste russe Nikolaï Turczaninow la décrit pour la science européenne dans la première moitié du XIXe siècle ; le Français Henri Baillon lui donne son nom actuel en 1868. Elle a sa propre famille, les Schisandracées.

Elle aime les lisières humides et les vallées, s'enroule autour d'un support, fleurit au printemps de petites fleurs blanc crème et parfumées, et supporte des hivers très froids. On la cultive aujourd'hui en Chine, en Corée, en Russie et jusqu'en Europe centrale. Le marché chinois connaît aussi une espèce voisine du sud, Schisandra sphenanthera, la nan wu wei zi, plus petite.

Sur la piste de la zibeline

Les Nanaïs vivent sur les rives de l'Amour et de l'Oussouri ; les Russes du XIXe siècle les appelaient les Goldes. Leurs chasseurs emportaient les baies et les graines séchées de la liane sur la piste de la zibeline, pendant les longues journées de traque en forêt d'hiver.

Au XXe siècle, les pharmacologues soviétiques qui travaillaient autour du mot adaptogène, forgé par Nikolaï Lazarev en 1947, s'intéressent à la liane de l'Extrême-Orient, comme ils l'ont fait pour l'éleuthérocoque. Alexander Panossian et Georg Wikman ont retracé cette histoire russe en 2008.

L'omija de Corée

En Corée, la baie s'appelle omija, le même nom que le chinois : cinq saveurs. On y prépare l'omija-cha : les baies séchées trempent une nuit dans l'eau froide, et l'eau prend une couleur rose vif et ce goût qui hésite entre l'acide et le sucré. Sucrée au miel, servie fraîche avec des fruits en tranches, elle devient l'omija-hwachae, la boisson des jours chauds.

Les gestes de la baie

Les traditions qui boivent la schisandra lui connaissent quatre formes :

  • À mâcher : quelques baies séchées, lentement, pour suivre les cinq saveurs l'une après l'autre.
  • À froid, à la coréenne : une poignée de baies dans un litre d'eau froide, une nuit au réfrigérateur, puis on filtre et on sucre au miel.
  • En infusion : une cuillère à café de baies concassées dans une tasse d'eau frémissante, une dizaine de minutes.
  • En décoction, à la chinoise : les baies concassées frémissent une vingtaine de minutes ; le liquide sort rouge-brun et franchement acide.

En Russie et en Chine, on la fait aussi macérer dans l'alcool de grain ou le vin de riz.

La schisandra n'est pas au catalogue de la Maison. Nous la racontons pour elle-même, parce qu'elle appartient à la même forêt que l'éleuthérocoque et le Sagan Dalya.

Précautions

  • Grossesse et allaitement : à éviter.
  • Ulcère de l'estomac ou reflux : prudence, la baie est très acide.
  • Traitements en cours : la schisandra peut modifier la façon dont le foie transforme certains médicaments, en particulier le tacrolimus et d'autres immunosuppresseurs, ainsi que les anticoagulants. Avis médical d'abord.
  • Épilepsie : à éviter sans avis médical.
  • Enfants : avis médical d'abord.

En cas de doute, ton médecin avant la plante.

— Questions fréquentes —
Pourquoi la baie aux cinq saveurs ?

Parce que son nom chinois, wu wei zi, veut dire les graines aux cinq saveurs : acide, doux, amer, piquant et salé. Les cinq se goûtent en mâchant une seule baie séchée, de la peau jusqu'à la graine.

Quelle différence entre Schisandra chinensis et Schisandra sphenanthera ?

Schisandra chinensis est la liane du Nord : Amour, Mandchourie, Corée. Schisandra sphenanthera, la nan wu wei zi, pousse plus au sud de la Chine et donne des baies plus petites. Les deux se croisent parfois sur le marché chinois.

Qu'est-ce que l'omija ?

C'est le nom coréen de la schisandra, et de la boisson qu'on en tire : les baies trempées une nuit dans l'eau froide, sucrées au miel, servies fraîches.

Quelles précautions avec la schisandra ?

À éviter pendant la grossesse et l'allaitement. Prudence en cas d'ulcère ou de reflux. Avis médical d'abord sous traitement, en particulier tacrolimus, immunosuppresseurs ou anticoagulants, en cas d'épilepsie, et pour les enfants.

Sources

  • Shennong Ben Cao Jing, trad. Yang Shouzhong, The Divine Farmer's Materia Medica, Blue Poppy Press, 1998.
  • Alexander Panossian et Georg Wikman, « Pharmacology of Schisandra chinensis Bail.: an overview of Russian research and uses in medicine », Journal of Ethnopharmacology, 2008 : les chasseurs nanaïs, la recherche soviétique.
  • Dan Bensky, Steven Clavey et Erich Stöger, Chinese Herbal Medicine: Materia Medica, Eastland Press, 3e éd., 2004.
  • David Winston et Steven Maimes, Adaptogens, Healing Arts Press, 2007.

Reçois notre lettre de la semaine.

Transmissions de la Forêt — désinscription en un clic.

Tu as toi aussi un récit à déposer dans la Forêt ?

Partager un récit →
· prolonger le rituel ·
⊹  La Voie des Adaptogènes & Champignons  ⊹
Seuil
Marge
Incorporation
⊹ VOIX DE LA FORÊT ⊹

Ce que cette lecture a ouvert

Sois la première voix. Chaque mot est relu avant de rejoindre la lecture.

Connecte-toi pour partager ce que cette lecture a ouvert chez toi.

Se connecter →
INFUSE
4 min de lecture · 959 mots