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Rêve chamanique : le rêve qui appelle, qui enseigne, qui cherche

Dans beaucoup de peuples, le rêve appelle le futur chamane, lui enseigne et sert à chercher ce que la veille ne trouve pas. Ce que rapportent les sources, des devins xhosa aux Chontal, aux Kichwa et aux Iroquois.

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Le dernier territoire souverain. On y entre par les plantes, par le silence, par le retour aux songes des anciens.

⊹ Le Sentier du Rêve · 1/48

Réponse courte. Dans beaucoup de peuples, le rêve est un outil du métier de chamane : il l'appelle, il lui enseigne, et il sert à chercher ce que la veille ne trouve pas (Perrin, 1994 ; Laughlin et Rock, 2014). Trois plantes de la Maison viennent de ces nuits : la Calea des Chontal, l'Undlela Ziimlophe des devins xhosa, la guayusa des Kichwa.

Le rêve qui appelle

L'anthropologue Michel Perrin a posé la question en 1994 : pourquoi le rêve tient-il une place clé dans l'élection du chamane ? Vingt ans plus tard, Charles Laughlin et Adam Rock font le tour des cultures et arrivent au même endroit : le rêve invite au chamanisme.

Des langues le disent. En mohawk, atetshents veut dire « celle ou celui qui rêve », et le même mot désigne le chamane et le médecin (Moss, 2012). Chez les Sioux, John Lame Deer raconte qu'on devient pejuta wicasa, homme-médecine, parce qu'un rêve le demande (Lame Deer et Erdoes, 1972).

En Afrique du Sud, Hirst a travaillé avec des devins xhosa et leurs novices. L'ubulawu, ces racines battues dans l'eau jusqu'à la mousse blanche, accompagne l'initiation (Sobiecki, 2012).

En Haute-Amazonie, doña María a dix-huit ans en septembre 1958. Elle boit une tisane de citronnelle, se couche vers quatre heures de l'après-midi et rêve d'un hôpital des esprits, où on lui pose la corona de medicina, la couronne de la médecine. D'autres chamanes métis racontent ce voyage (Beyer, 2009).

Tous ne donnent pas au rêve le même rang. Chez les Andamanais, rapporte Eliade, qui n'a eu que des rêves reçoit de moindres pouvoirs (Eliade, 1964). Et Lame Deer, qui doit sa vocation à un rêve, dit ailleurs : « Anybody can dream », tout le monde peut rêver. La vraie vision, pour lui, arrive les yeux ouverts.

Le rêve qui enseigne

Chez les devins xhosa et leurs voisins, les ancêtres parlent au novice par le rêve, et l'ubulawu sert à mieux s'en souvenir (Bührmann, 1984 ; Sobiecki, 2012). Notre article sur l'Undlela Ziimlophe raconte cette racine. David Cumes, chirurgien initié en Afrique du Sud, écrit qu'une sangoma peut voir en rêve la plante qu'elle donnera ensuite (Cumes, 2004).

Une école voisine existe en Amazonie péruvienne, où l'enseignement vient de la plante elle-même. À Iquitos, Luis Eduardo Luna a interrogé quatre chamanes métis en 1984 : pendant l'isolement et la dieta, ces plantes tenues pour des maîtresses transmettent à l'apprenti ses chants, les icaros. Les esprits, précise-t-il, se présentent pendant les visions et pendant les rêves (cité par Narby, 1998). Stephan Beyer décrit la même école en 2009. Enfant, don Francisco Montes Shuña fait la diète de l'ajo sacha : la première nuit, il rêve d'une reine couronnée d'or, aux mains de branches ; une autre nuit, elle lui siffle la mélodie d'un icaro.

Le rêve qui cherche

Chez les Chontal d'Oaxaca, la Calea s'appelle thle-pela-kano, la feuille de dieu. Les curanderos la prennent pour recevoir des messages en rêve : la cause d'une maladie, une personne lointaine ou perdue (Díaz, 1979 ; Mayagoitia et al., 1986). Les feuilles sont fumées, bues en infusion et placées sous l'oreiller.

Le zoulou a un mot pour les plantes que prennent les initiés afin de rêver des ancêtres : bonisele, de bona, voir. « Vois pour moi », ou « montre-moi la lumière » (Sobiecki, 2008).

Le rêve qu'on se raconte

Chez les Kichwa d'Équateur, la wayusa upina réunit la famille avant l'aube : on boit la guayusa et on interprète les rêves de la nuit. En Équateur encore, Eduardo Kohn a suivi les Runa jusque dans la lecture des rêves de leurs chiens (Kohn, 2007).

Au nord, les Iroquois du XVIIe siècle tenaient le rêve pour la parole des désirs secrets de l'âme, et la communauté s'en occupait. Anthony Wallace l'a décrit en 1958. Le père Ragueneau avait noté le mot chez les Hurons en 1648 : ondinnonk. Qui rêve d'un javelot cherche à l'obtenir ; qui rêve qu'il donne une fête la donne au réveil (cité par Moss, 2009).

Les plantes de ces nuits

Les sources ne promettent rien : à faible dose, écrit Hirst, l'Undlela Ziimlophe ne fait rêver que les sujets très sensibles (cité par Sobiecki, 2008), et Sobiecki n'a eu aucun rêve en deux semaines d'ubulawu (Sobiecki, 2012).

Nos mots, depuis les premières fiches. Sur la famille Ubulawu : après trois à cinq jours avec ces médecines, avec des prières et du respect, les Portes du Rêve s'ouvrent. Sur la graine d'Entada : « La Graine du Rêve apporte lucidité et intensité dans le monde du rêve, et offre souvent des rêves spectaculaires, des initiations pour l'âme. »

La Maison vend des plantes et raconte d'où elles viennent. Le métier de chamane se transmet dans les lignées.

— Questions fréquentes —
Qu'est-ce que le rêve chamanique ?

Le rêve tel que les chamanes et les devins le pratiquent : il les appelle au métier, il leur enseigne, et ils s'en servent pour chercher une cause, une personne, une réponse (Perrin, 1994 ; Laughlin et Rock, 2014).

Quelle différence avec le rêve lucide ?

Le rêve lucide, c'est savoir que l'on rêve pendant le rêve ; notre méthode le détaille. Dans les sources sur les chamanes, la question porte sur ce que le rêve apporte : qui s'y présente, ce qui s'y dit, ce qu'on en fait au matin. Harry Hunt note que le chamane est souvent dit « éveillé » dans son rêve (Hunt, 1989).

Et les Senoi, et Castaneda ?

Hunt range les Senoi de Kilton Stewart et les récits de Carlos Castaneda parmi ceux qu'on tient pour de la fiction : les Senoi n'apprennent pas à leurs enfants à conduire leurs rêves (Domhoff, 1985, cité par Hunt, 1989).

Peut-on rêver ainsi sans plante ?

Oui. L'appel dont parlent Perrin, Laughlin et Rock passe par le rêve lui-même. La plante accompagne la nuit là où une lignée l'a placée.

Quelles plantes sont liées au rêve dans ces traditions ?

La Calea chez les Chontal, l'Undlela Ziimlophe et les autres ubulawu chez les Xhosa, la guayusa chez les Kichwa. Les devins xhosa brûlent aussi l'imphepho pour les rêves (Bührmann, 1984).

Y a-t-il des précautions ?

Chaque fiche porte les siennes. Pendant la grossesse et l'allaitement, la Calea se laisse de côté : les données manquent.

Sources

  • Perrin M. (1994). Quelques relations entre rêve et chamanisme. Anthropologie et Sociétés 18(2):29-42.
  • Laughlin C.D., Rock A.J. (2014). What can we learn from shamans' dreaming? A cross-cultural exploration. Dreaming 24(4):233-252. doi:10.1037/a0038437.
  • Hirst M. (2005). Dreams and medicines: the perspective of Xhosa diviners and novices in the Eastern Cape. Indo-Pacific Journal of Phenomenology 5(2):1-22.
  • Sobiecki J.F. (2008). A review of plants used in divination in southern Africa and their psychoactive effects. Southern African Humanities 20:333-351.
  • Sobiecki J.F. (2012). Psychoactive ubulawu spiritual medicines and healing dynamics in the initiation process of southern Bantu diviners. Journal of Psychoactive Drugs 44(3):216-223.
  • Bührmann M.V. (1984). Living in Two Worlds. Human & Rousseau.
  • Luna L.E. (1984). The concept of plants as teachers among four mestizo shamans of Iquitos. Journal of Ethnopharmacology 11:135-156.
  • Beyer S.V. (2009). Singing to the Plants. University of New Mexico Press.
  • Díaz J.L. (1979). Ethnopharmacology and taxonomy of Mexican psychodysleptic plants. Journal of Psychedelic Drugs 11:71-101.
  • Mayagoitia L., Díaz J.L., Contreras C.M. (1986). Psychopharmacologic analysis of an alleged oneirogenic plant: Calea zacatechichi. Journal of Ethnopharmacology 18:229-243. PMID 3821139.
  • Rätsch C. (2005). The Encyclopedia of Psychoactive Plants. Park Street Press.
  • Kohn E. (2007). How dogs dream: Amazonian natures and the politics of transspecies engagement. American Ethnologist 34(1):3-24.
  • Wallace A.F.C. (1958). Dreams and the wishes of the soul. American Anthropologist 60:234-248.
  • Eliade M. (1964). Shamanism: Archaic Techniques of Ecstasy.
  • Lame Deer J., Erdoes R. (1972). Lame Deer, Seeker of Visions.
  • Moss R. (2009). The Secret History of Dreaming ; (2012). Dreaming the Soul Back Home.
  • Cumes D. (2004). Africa in My Bones.
  • Narby J. (1998). The Cosmic Serpent.
  • Hunt H.T. (1989). The Multiplicity of Dreams.
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