Oreiller de rêve : quelles plantes, et comment le faire
Un petit sachet de plantes séchées glissé sous la taie, rien à boire. D'où vient cet usage, quelles plantes on y met, et comment le faire.
La plante de cet articleArmoise · Artemisia vulgaris5,0(103)dès 7,00 €Voir →Le dernier territoire souverain. On y entre par les plantes, par le silence, par le retour aux songes des anciens.
Réponse courte. Un oreiller de rêve est un petit sachet de plantes séchées glissé sous la taie. Rien à boire : on respire la plante pendant la nuit. Les plantes qu'on y met le plus sont l'armoise, la lavande et la camomille ; la graine d'Entada se garde entière.
D'où ça vient
Il a plusieurs origines, et chacune a son âge.
- La Calea, au Mexique. Les Chontal d'Oaxaca fument la Calea, la boivent, et placent ses feuilles sous l'oreiller avant de dormir (Díaz, 1979). Christian Rätsch précise : l'herbe fraîche (Rätsch, 2005).
- L'imphepho, en Afrique du Sud. En afrikaans, l'imphepho se nomme kooigoed, de quoi garnir le lit : on en a bourré les matelas pour son parfum.
- La bétoine, chez Hildegarde de Bingen. Qui est poursuivi de mauvais rêves garde de la bétoine chez lui au coucher, écrit-elle au XIIe siècle. On la coud aujourd'hui dans un petit sachet, posé la nuit sur la poitrine : une cousine de l'oreiller (Breindl).
- L'herbe kusha, chez le dalaï-lama. Pendant la cérémonie de Kalachakra, il en distribue : on la place sous le matelas et sous l'oreiller, pour des rêves clairs (Moss, 2009).
- La lavande, en Angleterre. Le folklore dit qu'elle donne les vrais rêves quand elle dort sous l'oreiller.
- Le rêve d'amour, en Europe. Les jeunes filles de Slovaquie y glissaient une fougère capillaire pour rêver du futur mari (Rätsch et Müller-Ebeling, 2013). La nuit de la Saint-Jean, c'était un brin de millepertuis ; en Angleterre, de l'achillée, avec une formule qui finit sur Pray tell me tomorrow, dis-le-moi demain (Storl, 2012). Au Mecklembourg, une mandragore, pour des rêves prophétiques (Rätsch, 2005).
- L'armoise. Son oreiller appartient à une tradition plus récente, portée par les herboristes du XXe siècle (Gladstar, 1993) et vivante chez les rêveurs d'aujourd'hui. Notre article sur l'armoise raconte ce que disent les textes plus anciens.
- La graine d'Entada. Nos mots, depuis la première fiche : on la porte sur soi quelques semaines pour la remplir de ses prières et de ses intentions, on peut aussi dormir avec elle, sous l'oreiller.
- Un tissu, une question. Une sangoma prescrit à David Cumes un tissu blanc sous l'oreiller, pour ses rêves (Cumes, 2004). Un texte juif médiéval y place une question écrite, avant de s'endormir dessus (Bulkeley, 2016).
Ces usages se racontent. La recette s'en tient aux plantes de nos fiches.
Le faire
- Un petit sachet de coton ou de lin.
- Une poignée de feuilles ou de fleurs bien sèches, jusqu'à 50 g : le séchage écarte la moisissure. Une plante ou plusieurs : l'armoise et la lavande vont bien ensemble.
- Le sachet fermé, glissé sous la taie : le poids de la tête libère le parfum (Bennett, 2014).
- Un carnet au chevet : quelques mots au réveil, une image, avant de bouger.
- Quand le parfum s'en va, tous les deux ou trois mois, on renouvelle les plantes.
Robin Rose Bennett propose d'en coudre avec les enfants : ils choisissent le tissu et tendent les fleurs.
Ce qu'on sait
L'effet de l'armoise sur le rêve reste à mesurer. Les rêveurs décrivent des rêves plus nets, mieux retenus au réveil. La tradition lui prête une influence sur les songes ; nous ne promettons rien, on observe.
Pour les plantes du rêve qu'on boit, notre guide les raconte une par une.
Qu'est-ce qu'un oreiller de rêve ?
Un petit sachet de plantes séchées qu'on glisse sous ou dans la taie pour la nuit. On le respire, sans rien boire.
Quelles plantes mettre dans un oreiller de rêve ?
L'armoise le plus souvent, la lavande, la camomille. L'imphepho pour son parfum, et les feuilles de Calea comme chez les Chontal. La graine d'Entada se glisse entière, à part.
Comment faire un oreiller de rêve ?
Une poignée de plantes bien sèches, jusqu'à 50 g, dans un sachet de coton ou de lin, fermé, sous la taie.
L'armoise sous l'oreiller fait-elle rêver ?
La tradition le dit et beaucoup de rêveurs le racontent ; la mesure reste à faire.
Combien de temps garde-t-il son parfum ?
Deux à trois mois pour la lavande. Quand on ne sent plus rien, on change les plantes.
Y a-t-il des précautions ?
L'armoise et la camomille appartiennent aux Astéracées : prudence en cas d'allergie à l'ambroisie, à l'armoise ou à la camomille, ou de rhinite d'été. Pendant la grossesse et l'allaitement, la fiche de l'armoise conseille de s'en passer.
Sources
- Díaz J.L. (1979). Ethnopharmacology and taxonomy of Mexican psychodysleptic plants. Journal of Psychedelic Drugs 11:71-101.
- Gladstar R. (1993). Herbal Healing for Women. Simon & Schuster.
- Rätsch C. (2005). The Encyclopedia of Psychoactive Plants. Park Street Press.
- Rätsch C., Müller-Ebeling C. (2013). The Encyclopedia of Aphrodisiacs.
- Storl W.-D. (2012). The Herbal Lore of Wise Women and Wortcunners.
- Moss R. (2009). The Secret History of Dreaming.
- Breindl E. Hildegarde de Bingen, préface de François Brune.
- Bennett R.R. (2014). The Gift of Healing Herbs.
- Cumes D. (2004). Africa in My Bones.
- Bulkeley K. (2016). Big Dreams.
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