§0 — Fissure

— Pas OU. ET. C'est tout. C'est tout. —

Le piège du I et le piège du WE

Il y a deux pièges symétriques qui guettent toute personne qui cherche à vivre une vie sensée dans une époque dévastée. Le premier piège est celui du I — l'hyper-individualisme libertaire qui se croit tribu. Tu fais ton chemin seul. Tu défends tes choix contre les pressions sociales. Tu construis ton autonomie radicale. Tu te dis que personne ne peut te dire qui tu es. Et au début, cette posture sauve quelque chose — elle te protège de la dilution dans un collectif qui voudrait t'effacer. Mais à long terme, elle t'isole. Tu finis seul dans une chambre, à 47 ans, à te demander pourquoi tu as 5000 contacts sur ton téléphone et personne avec qui pleurer.

Le second piège est celui du WE — la dissolution dans un collectif fantasmé. Tu rejoins une communauté qui te promet l'appartenance. Tu adoptes son langage. Tu épouses ses certitudes. Tu cesses, lentement, de te demander si tu es d'accord. Tu te dis que tes désaccords étaient des résistances égotiques à dépasser. Et au début, cette posture sauve quelque chose aussi — elle te sort de la solitude radicale, elle te donne un sentiment d'appartenance. Mais à long terme, elle t'efface. Tu finis dans un collectif qui ne sait plus accueillir ta singularité, qui te demande des sacrifices que tu n'avais pas vus venir, qui te culpabilise quand tu te désaccordes.

Ces deux pièges sont les deux faces d'une même grammaire — celle qui pose le I et le WE en alternative exclusive. Soit tu es individu, soit tu es communauté. Choisis ton camp. Cette grammaire est précisément ce que la cosmogonie INFUSE refuse. Le sigle WIE — fusion graphique de I et de WE — est le geste qui ouvre une troisième voie. Ni hyper-individualisme libertaire. Ni dissolution sectaire. ET, pas OU.

Nous réclamons pour tous le droit à l'opacité, qui n'est pas l'enfermement dans une autarcie impénétrable, mais la subsistance dans une singularité non réductible. La Relation se fonde sur des opacités qui se reconnaissent, non sur des transparences qui s'absorbent. Le Tout-monde n'efface pas — il tisse. Et chaque fil garde la couleur de son origine, en devenant plus riche par la rencontre avec les autres fils.
Édouard GlissantPoétique de la Relation (1990) , chap. « Pour l'opacité » p. 203-209 édition Gallimard 1990

Lecture INFUSE — Cette phrase est le cœur de la pensée glissantienne, et elle est aussi le verrou éthique du sigle WIE. Le tissage n'efface pas. Chaque fil garde sa couleur. Et précisément parce qu'il garde sa couleur, il enrichit le tissu. Si les fils étaient transparents, le tissu serait gris.

— Chaque fil garde la couleur de son origine. C'est ainsi que le tissu devient riche. —

Glissant et l'opacité — pourquoi la fusion qui efface est une violence

Édouard Glissant — poète, romancier et philosophe martiniquais né en 1928 à Sainte-Marie, mort en 2011 à Paris — a passé sa vie à penser ce que signifie rencontrer l'autre sans le réduire. Sa pensée est née d'une expérience précise : celle des peuples créolisés caribéens, qui ont été assemblés violemment par la traite transatlantique, qui ont composé une culture nouvelle dans cette violence, et qui ont refusé à la fois l'assimilation à la métropole française et le repli identitaire essentialiste.

Sa réponse philosophique tient en deux concepts. Premier concept : la Relation. Pas la communication, pas l'échange, pas le dialogue. La Relation, avec un grand R, désigne chez Glissant la totalité ouverte — non totalitaire — qui se trame entre des opacités qui se reconnaissent. Second concept : l'opacité. Et il faut entendre ce mot dans son sens glissantien, qui n'a rien à voir avec l'opacité commune. L'opacité, c'est le refus d'être réduit à ce qui peut être compris. C'est la subsistance d'une singularité non négociable, même au cœur de la Relation la plus dense.

Cette pensée est précieuse pour le geste WIE. Elle dit : tu peux être pleinement avec quelqu'un sans devoir te livrer entièrement. Tu peux être pleinement engagé dans une communauté sans devoir effacer tes désaccords. Tu peux être pleinement membre d'un mouvement sans devoir adopter ses certitudes les plus polémiques. L'opacité que tu gardes en toi n'est pas un obstacle à la Relation — c'est sa condition.

Et inversement, l'opacité que les autres gardent en eux n'est pas un obstacle à ta connaissance d'eux — c'est ce qui garde la rencontre vivante. Quand tu prétends comprendre entièrement quelqu'un, tu le réduis. Tu le réduis à la version de lui que ta grammaire peut absorber. Glissant appelle cela la pensée de la transparence, et il la critique avec une netteté précise : « la pensée de la transparence est précisément celle qui a fondé l'esclavage colonial — elle réduit l'autre à un objet de savoir prétendument exhaustif ».

Haraway, oddkin, et la Communauté de Compost

Donna Haraway — philosophe et biologiste américaine, longtemps professeure à l'Université de Californie Santa Cruz — a publié en 2016 Staying with the Trouble. Le livre propose plusieurs concepts pivots, dont deux qui résonnent directement avec le geste WIE. Le premier est oddkin. Le second est la Communauté de Compost — qu'elle déploie dans les Camille Stories, fiction spéculative qui clôt le livre.

Oddkin se traduit mal. « Parents étranges ». « Famille bizarre ». L'idée : nos parents véritables ne sont pas seulement ceux qui partagent nos gènes. Nos parents véritables sont aussi tous les êtres avec qui nous composons notre vie — humains qui ne nous ressemblent pas, animaux dont nous partageons l'espace, plantes qui nous nourrissent, microbes qui habitent notre intestin, ancêtres qui hantent nos rêves, futurs vivants que nous portons sans le savoir. La famille étendue est la famille réelle. La famille restreinte au sang est une convention récente, et limitée.

Les Camille Stories vont plus loin. Haraway imagine cinq générations futures dans un monde post-effondrement où des humains choisissent volontairement, dès la naissance, d'être génétiquement liés à une espèce non-humaine particulière (un papillon Monarque, dans le cas de Camille). Cette liaison génétique implique que la santé de Camille dépend de la santé du Monarque, et inversement. La survie devient relationnelle au sens fort. L'identité devient sympoiétique — composée avec d'autres, plutôt que faite seule.

We are at stake to each other. The Camille Stories are speculative fabulation, but they propose what is already biologically true: no organism makes itself alone. Sympoiesis — making-with — is the name of the game. Becoming-with, not becoming, is what is at issue. The communities of compost we are imagining and inhabiting are not utopias, but practical experiments in radical kinship across difference.
Donna HarawayStaying with the Trouble : Making Kin in the Chthulucene (2016) , chap. 8 « The Camille Stories » — verbatim à confirmer p. ~134-168 édition Duke 2016

Lecture INFUSE — Cette précision de Haraway est cruciale pour WIE. Sympoiesis — making-with. Pas making alone. Pas making-against. Making-with. C'est précisément ce que le sigle WIE encode. Le ET, pas le OU. Et cette précision, dit Haraway, n'est pas une utopie spirituelle — c'est ce que la biologie a toujours montré. Il était temps que la philosophie suive.

Eisenstein, le don, l'interbeing

Charles Eisenstein — auteur américain dont l'œuvre Sacred Economics (2011) puis The More Beautiful World Our Hearts Know Is Possible (2013) a structuré la pensée d'une génération de personnes en transition — propose un cadre qui complète Glissant et Haraway. Pour Eisenstein, l'humanité a vécu pendant cinq mille ans dans ce qu'il appelle the Story of Separation — l'histoire de la séparation. Cette histoire dit : tu es un individu séparé, le monde est un ensemble d'objets séparés, le but de la vie est d'optimiser ta survie individuelle dans un univers fondamentalement hostile.

Et il propose qu'une autre histoire est en train d'émerger — qu'il appelle the Story of Interbeing. L'histoire de l'inter-être. Cette histoire dit : tu es un nœud dans un tissu plus vaste, le monde est une communauté de sujets en relation, le but de la vie est de servir l'épanouissement mutuel des êtres avec qui tu coexistes. La transition entre ces deux histoires n'est pas un changement d'opinions — c'est un changement de cosmologie. Et elle est, selon Eisenstein, ce qui est en train d'arriver à l'humanité, dans la douleur de la transition civilisationnelle.

L'application précise de cette pensée, chez Eisenstein, passe par le don. Dans Sacred Economics, il distingue l'économie du don de l'économie de marché. Dans l'économie de marché, tu donnes pour recevoir. Le calcul est immédiat et symétrique. Dans l'économie du don, tu donnes parce que tu as reçu — sans calcul, sans symétrie immédiate, dans la confiance que la circulation continuera. C'est la grammaire des sociétés humaines pendant la majorité de leur histoire. Et c'est, à très petite échelle mais réellement, la grammaire qu'INFUSE essaie de tenir avec son Programme Allié·e, son sourcing nominal, sa relation aux producteurs, sa relation aux ambassadeurs.

Mitakuye oyasin — les Lakota et le cerceau sacré

Black Elk — homme-médecine Lakota Oglala né en 1863, témoin du massacre de Wounded Knee en 1890, mort en 1950 — a transmis à John Neihardt en 1931 une vision qu'il avait reçue à neuf ans, et qu'il avait gardée pour lui pendant cinquante ans. Cette vision, racontée dans le livre Black Elk Speaks publié en 1932, contient une formule qui circule aujourd'hui dans le monde entier : mitakuye oyasin. Tous mes parents.

Cette formule est répétée à la fin de la plupart des cérémonies Lakota — sweat lodge, danse du soleil, calumet sacré. Elle est aussi prononcée comme une bénédiction au début et à la fin d'un repas, d'une rencontre, d'une journée. Sa signification dépasse de loin la traduction littérale. Elle dit : je reconnais que je suis tissé avec tous les êtres qui composent ce monde. Pas seulement les humains. Tous les êtres. Les peuples animaux, les peuples végétaux, les peuples minéraux, les peuples ancestraux, les peuples qui viennent.

Black Elk avait reçu, dans sa vision de neuf ans, l'image du cerceau sacré — Sacred Hoop. Le cerceau sacré est ce qui maintient l'unité d'une nation, d'une communauté, d'un être individuel. Quand le cerceau est entier, la vie circule. Quand le cerceau se brise, la maladie commence. La vision de Black Elk avait montré le cerceau Lakota brisé par l'arrivée des wasichus (les Blancs), et avait promis qu'il pourrait être réparé — mais pas par la guerre, par la mémoire, par la transmission, par le mitakuye oyasin tenu vivant à travers les générations.

I see that the sacred hoop of my people was one of the many hoops that made one circle, wide as daylight and as starlight, and in the center grew one mighty flowering tree to shelter all the children of one mother and one father. And I saw that it was holy. Mitakuye oyasin. We are all related.
John G. NeihardtBlack Elk Speaks : Being the Life Story of a Holy Man of the Oglala Sioux (1932) , chap. 3 « The Great Vision » — verbatim édition originale 1932 (et toutes éditions ultérieures)

Lecture INFUSE — Cette vision a été transmise par Black Elk à Neihardt dans une série d'entretiens en 1931, à Manderson, Dakota du Sud. Neihardt l'a transcrite en anglais — avec les médiations habituelles de toute traduction. La formule mitakuye oyasin est, dans la lignée Lakota Oglala, l'un des concepts les plus précieux et les plus universels. Elle est, dans la cosmogonie INFUSE, une des incarnations du geste WIE.

Cette grammaire Lakota est précieuse pour le geste WIE parce qu'elle ancre le tissage dans une pratique cérémonielle vivante, pas dans un concept philosophique. Mitakuye oyasin n'est pas une théorie — c'est une formule rituelle prononcée à voix haute, dans des contextes précis, avec une intention précise. C'est, dans la grammaire indigène, une pratique somatique. Et c'est précisément ce que la cosmogonie INFUSE veut tenir : pas un concept de plus, mais une pratique qui transforme la perception.

— Lignée vivante —
Lakota Oglala
Peuple-source
XIXe-XXe siècle, transmission Black Elk via Neihardt 1931
Période

Mitakuye oyasin · cerceau sacré · vision reçue à neuf ans

« We are all related. Mitakuye oyasin. The sacred hoop is one of many hoops that make one circle. »— Hehaka Sapa (Black Elk), Lakota Oglala, transmission John Neihardt 1931, publié 1932
— Mitakuye oyasin. Tous mes parents. —

Le geste WIE dans la vie quotidienne — quatre applications

Comment, concrètement, pratiquer WIE dans la vie quotidienne ? La cosmogonie INFUSE propose quatre applications. Pas un protocole rigide. Quatre points d'attention qui, pratiqués dans la durée, transforment la perception.

Première application — l'écriture et la parole. Quand tu écris ou tu parles, remplace les formules de possession par les formules de relation. Pas « j'ai pris du cacao » mais « le cacao a été ma compagnie ce matin ». Pas « ma plante » mais « la plante avec qui je vis ». Pas « mon corps » mais « le corps que j'habite ». Ces glissements grammaticaux, qui peuvent sembler des coquetteries de styliste, transforment lentement la perception. Au bout de quelques mois, tu commences à sentir la différence entre posséder et fréquenter. C'est un acte de désensorcellement minuscule et puissant.

Deuxième application — la décision. Quand tu décides quelque chose qui t'engage — un changement de travail, une rupture amoureuse, un déménagement, un investissement — pose-toi la question WIE. Est-ce que ce choix renforce mon I sans détruire le WE ? Est-ce qu'il renforce le WE sans dissoudre mon I ? Si l'un des deux est sacrifié pour l'autre, ce n'est pas WIE. C'est soit l'hyper-individualisme libertaire (le I qui efface le WE), soit le sacrifice fusionnel (le WE qui efface le I). Ni l'un ni l'autre n'est tenable à long terme.

Troisième application — la vocation. Quand tu ressens un appel — une vocation qui monte, un projet qui veut naître, une intuition qui ne te lâche pas — tisse-le. Ne fonce pas seul. Ne te dilue pas dans le groupe. Tiens ton appel ET invite à la table ceux qui sont concernés. Demande des avis. Honore les opacités des autres. Permets-leur de te dire non, et écoute vraiment quand ils le font. WIE est une éthique de la décision avec — pas de la décision pour, pas de la décision contre.

Quatrième application — le doute. Quand tu doutes, repose-toi sur le symbole pivot du sigle WIE — le « ?! ». L'étonnement (?) qui devient affirmation (!). La question qui se transforme en acte. Tu peux ne pas savoir et avancer quand même. Tu peux ne pas avoir la garantie et tisser quand même. C'est précisément la définition du Souverain des Ruines (cf. Pilier 1) — et c'est le geste cosmologique de fond du tisseur courageux. Antonio Machado, poète espagnol contemporain de Lorca, l'écrivait en 1912 dans Campos de Castilla : « Caminante, no hay camino, se hace camino al andar. » Marcheur, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant.

WIE comme principe de gouvernance INFUSE

WIE n'est pas seulement un principe individuel. C'est aussi un principe de gouvernance. Et il oriente la manière dont INFUSE se construit comme organisation. Pas de fondateur isolé décidant tout. Pas de communauté absorbant le fondateur. Tim garde son I — sa vision, sa voix propre, son autorité de fondateur. La communauté INFUSE — ambassadeurs, allié·e·s, lecteurs des manifestes, producteurs, partenaires — tisse son WE.

Les décisions stratégiques ne se prennent ni par diktat fondateur (ce qui serait l'hyper-I) ni par vote majoritaire (ce qui pourrait être l'hyper-WE). Elles se prennent par ce que Glissant appelle la présupposition réciproque — un mode de décision qui suppose que chaque opinion compte sans que chaque opinion se vaille. C'est un équilibre fragile, qui demande de la patience, et qui produit, dans la durée, des décisions plus justes que les deux extrêmes.

WIE oriente aussi la grammaire éditoriale d'INFUSE. La voix INFUSE 70/20/10 — 70% de clarté, 20% de poésie animiste, 10% d'éthique tranchante — est elle-même une application de WIE. Le 70% de clarté sert le WE accessible (le lecteur peut comprendre sans avoir besoin d'un dictionnaire spécialisé). Le 20% de poésie animiste sert le I incarné (la voix singulière qui ne s'efface pas dans la transparence corporate). Le 10% d'éthique tranchante sert le WE qui refuse et le I qui prend position. Cet équilibre n'est pas un compromis. C'est un tissage.

RÉ-UNION — le mot-cosmos

Le mot pivot de ce pilier est ré-union. Décompose-le phonétiquement, comme Fulcanelli le faisait pour les vieux mots : RÉ — encore, à nouveau — UNION — fait d'être un. Mais l'union ici n'est pas la fusion. L'union ici est ce qui se trame quand des opacités irréductibles se reconnaissent et choisissent de marcher ensemble. Re-faire l'union, ce n'est pas effacer les différences. C'est honorer ce qui n'a jamais été vraiment séparé.

Parce que c'est ça, la grande révélation que la science contemporaine confirme et que les peuples indigènes savaient depuis toujours : nous n'avons jamais été séparés. La séparation est un mythe culturel récent — environ cinq cents ans, dans la grammaire coloniale européenne. Avant cela, dans la majorité des cultures humaines de la planète, la séparation entre l'humain et le non-humain n'était pas une catégorie pertinente. Lynn Margulis, biologiste américaine, a démontré que même au niveau cellulaire la séparation est un mythe — nos mitochondries sont d'anciennes bactéries qui ont fusionné avec nos ancêtres unicellulaires il y a deux milliards d'années.

La ré-union, c'est se rappeler — au sens fort, somatique, dans le corps qu'on habite — qu'on n'a jamais cessé d'être tissé. C'est, peut-être, le geste cosmogonique le plus simple et le plus radical qui soit. Il ne demande aucun rituel élaboré. Il demande juste de respirer en sachant que ton souffle traverse tes mitochondries qui sont d'anciennes bactéries qui sont devenues toi. C'est aussi simple que cela. Et c'est aussi vertigineux que cela.

Knowing that you love the earth changes you. Knowing that the earth loves you back makes you respond. To become naturalized to a place is to live as if your children's future matters, to take care of the land as if our lives and the lives of all our relations depend on it — because they do.
Robin Wall KimmererBraiding Sweetgrass (2013) , chap. « Becoming Indigenous to Place » p. 213-214 édition Milkweed 2013

Lecture INFUSE — Kimmerer formule en termes botaniques contemporains ce que mitakuye oyasin disait en termes lakotas. La terre nous aime aussi. Notre rôle est de répondre à cet amour — pas de le mériter, juste d'y répondre. C'est WIE appliqué à la relation humain-terre.

Questions ouvertes

i.WIE, est-ce que ça veut dire qu'on doit toujours consulter avant de décider ?+

Non. WIE n'est pas un principe de codécision permanent — ce serait un piège pour le I, qui finirait par s'effacer dans des consultations infinies. WIE est un principe d'attention. Quand tu décides quelque chose qui t'engage seul, tu décide seul, en gardant en tête que ta décision affectera des liens. Quand tu décides quelque chose qui engage d'autres, tu invites ces autres à la table avant de décider. La règle pratique : à qui cette décision va-t-elle vraiment changer la vie ? Si la réponse inclut quelqu'un d'autre que toi, invite cette personne. Sinon, décide seul, en sachant que ta décision tisse de toutes manières.

ii.Comment éviter le piège du WE qui s'efface trop vite dans le I ?+

Le piège du WE qui s'efface est en réalité plus rare qu'on ne le croit dans la culture occidentale contemporaine, où le I dominant est tellement valorisé que la plupart des gens ont des difficultés à dire « nous » sans complexe. Mais quand ce piège survient — typiquement dans les couples fusionnels, les familles enchevêtrées, les communautés religieuses fermées — la solution est l'opacité glissantienne. Garde une part de ta vie qui n'appartient qu'à toi. Une pratique. Une amitié. Un secret. Un projet. Pas pour cacher ou tromper — pour préserver l'irréductibilité de ton I. Une opacité maintenue est ce qui empêche la dissolution.

iii.WIE est-il compatible avec la solitude ?+

Pleinement. WIE n'est pas l'injonction à être toujours en compagnie. WIE est la conscience que même dans la solitude, tu n'es jamais vraiment seul. Quand tu marches seul dans une forêt, tu marches avec les arbres, avec les sons d'oiseaux, avec les ancêtres qui ont marché avant toi sur ce sol. Quand tu écris seul à ton bureau, tu écris avec les morts qui ont écrit avant toi, avec les futurs lecteurs qui te liront, avec les langues que tu utilises et qui ont leur propre opacité. La solitude n'est pas l'opposé de WIE. C'est une de ses modalités. Et elle peut être profondément habitée — à condition qu'elle ne soit pas un retranchement défensif, mais un espace de présence.

— ?! L'étonnement qui devient affirmation. Le doute qui se transforme en acte. —
— Pour continuer dans la cosmogonie —